N°80
Mai/Juin 2021
OPINION

La vraie noblesse de l'intermédiaire : la rédaction du compromis

MOTS CLES : INTERMÉDIAIRE, PROFESSIONNEL, CONSEIL

Dans nos pays européens de culture judéo-chrétienne, l'argent a mauvaise réputation.

Rédaction : Jean-François Buet

Buet

S'enrichir est suspect.
La mode est aux circuits courts, à l'économie circulaire, à la critique des intermédiaires et à la négociation des prix. Le « tout se discute » fait recette. Le développement des « drive », qu'ils soient en banque, ou en grande distribution, semble apporter des réponses pertinentes à une société de consommation en pleine résilience, où le contact humain se perd.

Les idées les plus simples pour ne pas dire les plus simplistes se multiplient.

Ainsi, se passer des intermédiaires apparait comme une économie facile à réaliser qui peut rapporter gros. C'est la chasse à la dépense quelle qu'elle soit au risque de réaliser de fausses économies. Aller chercher ses légumes directement chez le maraicher, se couper les cheveux soi-même, faire son diagnostic médical sur internet, acheter ses vêtements produits en Chine sur Amazon, tout est bon pour croire réinventer la distribution en faisant l'économie des conseils avisés des professionnels

Nos métiers n'y échappent pas.

De l'estimation en ligne gratuite de son appartement, à l'organisation des visites par son voisin, en passant par la rédaction d'une annonce identique pour sa brouette ou son logement, et un accord verbal avec un acquéreur, inconnu une heure auparavant, où ni les délais, ni le vrai prix, ni les financements ne sont validés, tous les ingrédients sont réunis pour ne pas aboutir dans de bonnes conditions. L'eldorado du P à P est en marche !

Et pourtant, qui n'a jamais regretter un achat impulsif sans conseil ?

A-t-on oublié que le vrai rôle du professionnel est de conseiller, d'alerter, de prévenir, d'aider à faire le bon choix et d'anticiper les attentes du client ?

Il faut se méfier des fausses économies, et savoir s'entourer de conseils afin de limiter les erreurs qui se révèlent souvent plus coûteuses. Les professionnels doivent sans cesse expliquer leur travail, le détailler, faire de la pédagogie. Notre rémunération n'est pas le résultat d'une visite, mais le fruit de plusieurs années de travail à apprendre comment faire aboutir des affaires complexes qui vont à la fin paraitre simples.

Le rôle de « l'intermédiaire » prend précisément sa vraie noblesse dans le respect du conseil sur mesure, adapté aux besoins clairement identifiés, et l'éternelle recherche de l'équilibre de l'intérêt des parties. Or c'est la juste écriture de ces accords qui va permettre le respect et la lisibilité de cet équilibre.

En France, nous sommes héritiers du droit romain qui est écrit, et non du droit coutumier né de la pratique comme chez nos amis anglo-saxons. Qui mieux que celui ou celle qui a suivi le vendeur et l'acquéreur du mandat de vente à la négociation finale peut réellement coucher sur le papier l'accord des parties ? Dès lors la rédaction des compromis apparait bien comme la valeur ajoutée du professionnel, comme le point d'orgue de notre métier de négociateur. C'est cette expertise et ce savoir-faire, prévus par la loi Hoguet elle-même, qui nous permettent de justifier aussi de notre niveau de rémunération. Notre réactivité à établir rapidement par écrit la volonté des parties, représente à la fois la sécurité de chacun, mais démontre surtout notre compétence, et participe à la bonne compréhension de nos honoraires.

En matière de Copropriété, imagine-t-on un syndic qui ne rédigerait pas ses convocations d'assemblées générales ou ses procès-verbaux ?

En Gérance locative, imaginerait-on un administrateur de biens ne rédigeant pas ses baux ?

Pour le client vendeur, faire le choix de mandater un agent immobilier qui rédige ses compromis, c'est la garantie d'un accord rapidement sécurisé sans attendre un hypothétique rendez-vous dans un office notarial, lorsqu'un acquéreur fait part de son accord sur la chose et sur le prix.

Pour l'acquéreur c'est la certitude de ne pas rater le logement de ses rêves.

Pour l'agent immobilier, rédiger, c'est prendre un acompte, c'est sauvegarder sa rémunération, et ne pas être oublier au moment du rendez-vous d'acte par l'officier ministériel. Le législateur toujours bien intentionné et à l'écoute du consumérisme ambiant, pourrait bien à l'occasion d'une proposition de loi à venir, soumettre un encadrement de nos honoraires, comme il l'a déjà fait pour les honoraires de location dans la loi Alur.

Alors faut-il aller jusqu'à la différenciation entre un agent immobilier habilité à rédiger et à recevoir des fonds (dont le titre est désormais protégé par la loi), et un professionnel qui ne déclare ni rédiger sous-seings privé ni percevoir d'acompte ?

Sauvons notre savoir-faire. Sauvons la noblesse de notre beau métier.

Buet

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