N°77
Nov./Dec. 2020
OPINION

L'économie du logement est en péril

MOTS CLES : #dispositifsFluctuants #stabilite #coherence

La temporalité de l'économie du logement n'est pas celle des start-up ni celle de la Bourse.
Elle nécessite une vision, une stabilité, une stratégie de moyen et long terme.

Rédaction : Jean-François Buet

Tous les acteurs du logement se l'accordent, les lois de finances successives, les effets d'annonces gouvernementales, les dispositifs qui se modifient trop souvent, ou qui manquent de pérennité, nuisent à la bonne lecture qu'en font les investisseurs mais aussi les 54% de nos concitoyens qui sont propriétaires de leur résidence principale.

Le nouvel IFI, l'augmentation des taxes foncières, la suppression de la taxe d'habitation, la CSG-CRDS portée à 17,20%, la modification des APL, le changement de calcul des plus-values, l'arrêt de l'encadrement des loyers puis son élargissement à de nouvelles agglomérations, sans évoquer les évolutions des crédits d'impôts ou les changements de plafond des PTZ , ne participent pas à favoriser efficacement et dans la clarté, les projets immobiliers des français.

Il est sans doute possible de faire plus simple, plus lisible, plus efficient. Mais complexifier est sans doute plus valorisant pour nos élites que de simplifier...

Ces atermoiements pèsent sur les acteurs, et malheureusement, par effet de dominos, sur les occupants les plus fragiles.

De plus la situation sanitaire nouvelle frappe plus lourdement les quartiers populaires, ajoutant de la pauvreté à la pauvreté.

Les effets de l'épidémie sont deux fois plus importants dans les communes les plus pauvres.

La surmortalité s'explique aux ¾ par le surpeuplement des logements, une plus grande promiscuité qui favorise la circulation du virus et des métiers plus exposés avec un risque de contamination plus élevé (étude XERFI).

L'explosion du taux de chômage et le confinement difficile dans ces quartiers rendent donc et de façon urgente, encore plus impérieux les investissements dans l'ANRU, l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine pourtant voulue par le gouvernement depuis 2018. Hors c'est précisément ce moment que le gouvernement, sous la pression de Bercy, choisit pour faire une ponction d'un milliard sur la trésorerie d'Action Logement, premier bailleur social de France logeant 4 millions de personnes avec des revenus modestes ou très modestes. Action Logement qui est... le principal financeur et pilier de l'ANRU... !

Buet

Jean-Louis Borloo, alors ministre délégué à la ville, avait lancé en 2004 un grand programme de rénovation urbaine qui produit pourtant maintenant des effets appréciés de tous. C'est pourquoi, 43 maires ou présidents d'agglomérations comme Marseille, Nice, Metz, Montpellier, Dijon, Nantes, Toulouse, Nancy, Rouen ou Rennes... ont récemment signé une tribune regrettant « l'affaiblissement des moyens des bailleurs sociaux, qui sont les rares acteurs de proximité à mener des actions sociales pour les habitants ». Ils « attendent une amplification significative et rapide des moyens de l'ANRU au service des quartiers ».

Il faut saluer cet appel transpartisan de ces élus de droite comme de gauche. L'histoire d'Action Logement, c'est la participation des entreprises au logement des salariés et des plus faibles. L'ancien « 1% logement » devenu 0,45% de la masse salariale, géré de façon paritaire. C'est le financement de Visale qui permet d'apporter une garantie gratuite pour le locataire, c'est une aide aux salariés pour les aider à payer leur loyer ou leur prêt immobilier. C'est surtout le financement de programmes et de quartiers innovants, éco-conçus, en maitrisant les charges des occupants. Un peu plus qu'une simple ligne budgétaire !

Au-delà de la méthode sans aucune concertation des instances concernées, cette ponction financière doit être a minima réaffectée au logement. En effet les signaux du marché sont inquiétants : baisse importante de l'activité de l'immobilier tertiaire souvent perçue comme un indicateur majeur, réduction des financements accordés à nos primo-accédants grippant le parcours résidentiel des secundo-accédants, baisse du pouvoir d'achat et augmentation des chiffres du chômage. Tout cela participe de la chute des mises en chantier de logements neufs et de l'attentisme du marché de l'existant. Une vision forte et pérenne du secteur du logement paraît indispensable afin d'éviter le grand jeu de bonneteau des ponctions et réaffectations sans vraie cohérence. Il s'agit du premier poste de dépenses mensuelles de chacun d'entre nous.

Aussi, le secteur mérite-t-il un peu plus de hauteur de vue et ne se résout pas aux décisions budgétaires drastiques de la rue de Bercy.

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Expression #77

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